
Elle en a fait du chemin, la petite Bagieu. D'abord connue sous le pétillant pseudonyme "Pénélope Jolicoeur", la demoiselle reprend son nom et signe Ma vie est tout à fait fascinante et Joséphine tout en continuant à mettre son trait reconnaissable au service de la presse et de la publicité... et à tenir son blog. Autant dire qu'elle ne chôme pas, et qu'elle, elle fait ses 35h en un jour, sans manger, sans boire, sans dormir, et sans broncher.
Avec Cadavre Exquis, l'illustratrice préférée des filles -et de leurs amoureux qui avouent du bout des lèvres être accros à Pénélope- fait un glorieux pied-de-nez à ses propres idées reçues ; celle qui, il y a quelques années, disait ne pas savoir écrire prouve qu'elle est capable de tenir un scénario de bout en bout. Exit les gags de poil aux pattes et de culotte de cheval... Place à la Pénélope nouvelle, id est une bédéaste qui mute, qui creuse et qui expérimente.
Là, elle nous plonge dans le quotidien de Zoé, une petite hôtesse d'accueil un tantinet tarte qui rêve d'une vie meilleure. Flanquée d'un chignon haut et d'une paire d'yeux dévorant son visage mutin, la midinette s'affadit aux côtés d'un con-joint beaufissime se résumant largement à son canapé. La vie absolument formidable de notre héroïne prend un tournant papillonventral lorsqu'elle rencontre Thomas Rocher, auteur acclamé, qu'elle ne reconnaîtra pas.

Et pour cause... Zoé ne lit pas. Balancée malgré elle dans le puits merdique du monde de l'édition, l'hôtesse d'accueil finit par filer le parfait amour avec son auteur de chéri jusqu'à ce que la réalité du métier de ce dernier reprenne ses droits. S'en suit alors une drôle d'analyse du Star System, nous évoquant rapidement les apparitions de Beigbeder ou de Marc Levy (Oui, on peut caser ces deux noms dans une même phrase!) à la TV.
Sur le papier, le résumé de l'histoire n'annonce pas grand chambardement. Pourtant, le scénario est digne d'une fiction à l'américaine : les rebondissements sont légion, parfois complétements absurdes, et si l'on referme Cadavre Exquis en se disant que merde, la fin est quand même brutalement invraisemblable, on avoue que merde bis, tout cela est diablement rafraîchissant. Et que la chute est tout de même bien méritée. Non mais.
Pénélope Bagieu excelle dans l'art de cueillir les expressions. Zoé l'échevelée déprimée, l'extatique, Agathe la séductrice, Thomas le bienveillant, le vissé vers soi, le colérique, l'amoureux... Le brio de ce trait si particulier a dévoilé son secret : Pénélope voit les gens. Elle sait les cristalliser dans leurs émotions les plus extrêmes. Pas de détails inutiles. Pas de carrelage au sol et de tapisserie au mur. Pénélope se contente du strict minimum, allant très loin dans l'épure. Et la sauce prend. Est-ce là la qualité d'un véritable illustrateur moderne? A l'instar du nouveau roman, peut-on parler d'une nouvelle BD, basée non pas sur le réalisme du dessin mais sur le pouvoir de la suggestion? Scott Mc Loud, c'est à vous...
Cadavre Exquis, de Pénélope Bagieu
128 pages, Gallimard, Collection Bayou. 16 Avil 2010. 16€.
ISBN : 9782070627189
Entretien avec Pénélope Bagieu, 16 Janvier 2011
Cadavre Exquis est sorti après deux ans de labeur acharné. Comment te sens-tu? Syndrome de dépression post-natale?
Pourquoi? Parce qu'on me l'a demandé! Et comment? En mettant un an à l'écrire !
En 2008, tu disais : "Je ne sais pas écrire!". Après avoir mené de A à Z les 126 pages de Cadavre Exquis, penses-tu être réconciliée avec cette idée?

Avec Cadavre Exquis, l'illustratrice préférée des filles -et de leurs amoureux qui avouent du bout des lèvres être accros à Pénélope- fait un glorieux pied-de-nez à ses propres idées reçues ; celle qui, il y a quelques années, disait ne pas savoir écrire prouve qu'elle est capable de tenir un scénario de bout en bout. Exit les gags de poil aux pattes et de culotte de cheval... Place à la Pénélope nouvelle, id est une bédéaste qui mute, qui creuse et qui expérimente.
Là, elle nous plonge dans le quotidien de Zoé, une petite hôtesse d'accueil un tantinet tarte qui rêve d'une vie meilleure. Flanquée d'un chignon haut et d'une paire d'yeux dévorant son visage mutin, la midinette s'affadit aux côtés d'un con-joint beaufissime se résumant largement à son canapé. La vie absolument formidable de notre héroïne prend un tournant papillonventral lorsqu'elle rencontre Thomas Rocher, auteur acclamé, qu'elle ne reconnaîtra pas.

Et pour cause... Zoé ne lit pas. Balancée malgré elle dans le puits merdique du monde de l'édition, l'hôtesse d'accueil finit par filer le parfait amour avec son auteur de chéri jusqu'à ce que la réalité du métier de ce dernier reprenne ses droits. S'en suit alors une drôle d'analyse du Star System, nous évoquant rapidement les apparitions de Beigbeder ou de Marc Levy (Oui, on peut caser ces deux noms dans une même phrase!) à la TV.
Sur le papier, le résumé de l'histoire n'annonce pas grand chambardement. Pourtant, le scénario est digne d'une fiction à l'américaine : les rebondissements sont légion, parfois complétements absurdes, et si l'on referme Cadavre Exquis en se disant que merde, la fin est quand même brutalement invraisemblable, on avoue que merde bis, tout cela est diablement rafraîchissant. Et que la chute est tout de même bien méritée. Non mais.
Pénélope Bagieu excelle dans l'art de cueillir les expressions. Zoé l'échevelée déprimée, l'extatique, Agathe la séductrice, Thomas le bienveillant, le vissé vers soi, le colérique, l'amoureux... Le brio de ce trait si particulier a dévoilé son secret : Pénélope voit les gens. Elle sait les cristalliser dans leurs émotions les plus extrêmes. Pas de détails inutiles. Pas de carrelage au sol et de tapisserie au mur. Pénélope se contente du strict minimum, allant très loin dans l'épure. Et la sauce prend. Est-ce là la qualité d'un véritable illustrateur moderne? A l'instar du nouveau roman, peut-on parler d'une nouvelle BD, basée non pas sur le réalisme du dessin mais sur le pouvoir de la suggestion? Scott Mc Loud, c'est à vous...
Cadavre Exquis, de Pénélope Bagieu
128 pages, Gallimard, Collection Bayou. 16 Avil 2010. 16€.
ISBN : 9782070627189
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Entretien avec Pénélope Bagieu, 16 Janvier 2011Cadavre Exquis est sorti après deux ans de labeur acharné. Comment te sens-tu? Syndrome de dépression post-natale?
J'étais surtout tellement soulagée ! En fait, la sortie en librairie d'une BD, ça ne représente pas grand chose. C'est le jour où l'éditeur te dit "C'est bon, y a plus de modifs de chromie et la couv est validée, on part en impression, merci, bonne journée", le VRAI moment où c'est fini. En général, toi tu as déjà ton projet suivant tout chaud dans les starting blocks qui t'attend, tu es déjà sur autre chose dans ta tête. La BD semble sortir deux mille ans plus tard, tu l'as déjà oubliée, c'est merveilleux. Je trouve que c'est pas mal de faire un break "je ne fous rien de la journée" pendant une semaine, avant de réattaquer autre chose. Mais en général, après un mois et demi de bouclage, tu passes surtout ta semaine à revoir des êtres humains, à faire ta paperasse en retard, à rappeler tous les gens à qui tu as dit "plus tard, j'ai pas le temps" depuis des semaines, et à faire tourner des machines. Oh, et tu recommences à t'alimenter normalement, et plus seulement à base de Twix.
Pourquoi et comment as-tu sauté le pas pour te passer des sketchs à un "long" récit?
Pourquoi et comment as-tu sauté le pas pour te passer des sketchs à un "long" récit?
Pourquoi? Parce qu'on me l'a demandé! Et comment? En mettant un an à l'écrire !
En 2008, tu disais : "Je ne sais pas écrire!". Après avoir mené de A à Z les 126 pages de Cadavre Exquis, penses-tu être réconciliée avec cette idée?

Pas vraiment. Disons que j'ai été très appliquée, presque scolaire. J'ai écrit mon plan, avec des grandes sous-parties, un développement, une conclusion... enfin une disserte, quoi ! Je ne sais pas si on peut toujours s'en tirer en étant très méthodique, mais disons que pour moi, ça aura au moins marché une fois !
Tes personnages féminins ont souvent un côté naïf, un peu victimes des événements, tournées à la dérision... Comment analyses-tu, avec du recul, cette thématique dans Cadavre Exquis?
Tes personnages féminins ont souvent un côté naïf, un peu victimes des événements, tournées à la dérision... Comment analyses-tu, avec du recul, cette thématique dans Cadavre Exquis?
A part Joséphine, je n'ai jamais eu de personnages féminins, mais bon, on va prendre l'exemple de Joséphine alors, pour qui c'est vrai. A part ça, dans Cadavre Exquis, ce n'est pas trop le cas. Zoé n'est pas naïve, à part dans la mesure où elle découvre un univers et un business qu'elle ne connait pas, et avec lequel elle n'avait jamais eu le moindre contact. Mais elle a un sale caractère, elle ne se laisse pas tellement faire, abhorre son job de merde, abandonne le mec qui ne la traite pas très bien pour celui qui l'accueille comme une reine, et puis finit par vraiment se fâcher et prendre les choses en main quand elle sent qu'il n'y a plus d'échappatoire possible avec Thomas. Dans Cadavre Exquis, la seule victime, c'est évidemment le mec (ce qui gênait un peu mon éditeur au début).
Toi qui dis être une "petite mamie, plus casée tu meurs", jusqu'à quel point te reconnais-tu dans Zoé? En gros, es-tu une "vraie" fille, fleur bleue, existentialiste jusqu'au bout des cheveux? Toi qui dis être une "petite mamie, plus casée tu meurs"
Toi qui dis être une "petite mamie, plus casée tu meurs", jusqu'à quel point te reconnais-tu dans Zoé? En gros, es-tu une "vraie" fille, fleur bleue, existentialiste jusqu'au bout des cheveux? Toi qui dis être une "petite mamie, plus casée tu meurs"
Je ne me reconnais absolument pas dans Zoé, c'est le personnage le plus éloigné de moi de tout ce trio de personnages. J'ai juste pioché dans les souvenirs de ma brillante carrière d'hôtesse d'accueil pour son boulot. Le personnage qui me ressemble le plus, c'est bien Thomas.
On te voit un peu partout dans les magazines de France, de Navarre et d'ailleurs... Cette notoriété ne te fait-elle pas peur? Que penses-tu avoir avoir à prouver?
On te voit un peu partout dans les magazines de France, de Navarre et d'ailleurs... Cette notoriété ne te fait-elle pas peur? Que penses-tu avoir avoir à prouver?Je ne sais pas si j'ai quelque chose à prouver, enfin surtout, je ne sais pas bien à qui. La seule chose qui compte, pour moi, c'est de me montrer à la hauteur des attentes des gens qui me proposent des projets intéressants. J'aime bien le fait qu'on me propose toujours des choses nouvelles, qui n'ont rien à voir avec ce que j'ai fait précédemment. Du coup, ça demande beaucoup de travail, pour ne pas décevoir la personne qui a fait ce pari
et qui y a cru.
C'est un bon challenge, ça met une pression très
positive. Et puis ça permet de ne pas se reposer sur ses lauriers, de se botter un peu le train. Bon, et puis il faut dire aussi que je m'ennuie très vite, et que j'ai besoin de faire tout le temps des trucs nouveaux. Donc pour essayer de vaguement répondre à ta question : les aspects que je voudrais développer le plus dans mon travail : aucune idée, ce qu'on me proposera !
T'a-t-on proposé de porter tes travaux à l'écran (la grande tendance en France depuis quelques années...). Sachant que tu sors de l'animation, l'idée ne t'a-t-elle pas titillée un peu?
et qui y a cru.
C'est un bon challenge, ça met une pression très
positive. Et puis ça permet de ne pas se reposer sur ses lauriers, de se botter un peu le train. Bon, et puis il faut dire aussi que je m'ennuie très vite, et que j'ai besoin de faire tout le temps des trucs nouveaux. Donc pour essayer de vaguement répondre à ta question : les aspects que je voudrais développer le plus dans mon travail : aucune idée, ce qu'on me proposera !T'a-t-on proposé de porter tes travaux à l'écran (la grande tendance en France depuis quelques années...). Sachant que tu sors de l'animation, l'idée ne t'a-t-elle pas titillée un peu?
Oui bien sûr, on m'a proposé tous les formats possibles et imaginables pour transposer mon blog et puis Joséphine en anim', ce à quoi je suis très farouchement opposée. En revanche, j'ai cédé les droits d'adaptation ciné de Joséphine, mais pour un long métrage en live, ce qui me parait être une démarche complètement différente, dans la mesure où, même s'il s'agit bien de prendre Joséphine et ses personnages comme point de départ, il s'agirait de la vision d'un réalisateur, d'un scénario qui n'a rien à voir avec les BD, et surtout de comédiens qui apporteraient leur propre interprétation et leur propre incarnation des personnages. C'est donc prendre les BD pour les transformer en autre chose, l'idée me plait bien. Pour ce qui est de l'anim, j'ai d'autres projets en cours, à différents niveaux d'avancement, mais qui n'ont vraiment aucun rapport avec le reste.